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LES FEMMES VIENNENT DE L’ABRAZO & LES HOMMES VONT À LA SACADA

Récit initiatique dans le milieu du Tango Argentin – 

COLLECTION « Danse & Tango » – Tome 1 / 350 pages

NOËL 2021
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  • EXTRAITS

 » N’est-ce pas dans l’invisible que se trouve la clé du vrai ? Le spectateur s’extasie toujours devant la jambe qui monte vers les lustres. Alors que l’énigme se trouve dans l’autre. Celle qui repousse le sol dans l’immobilité. La vérité n’est pas dans les médias qui rabâchent, mais dans les coulisses du pouvoir qui se tait. Souvent les mots enluminent le propos, pendant que les silences encapsulent la vérité . »
*
 » Marie n’est pas soumise à Hervé. Elle est soumise à son amour pour Hervé. Hervé lui demande de ne surtout pas l’aimer. Marie est soumise à l’amour, cet amour est comme un enfant non souhaité. L’enfant illégitime peut devenir celui que l’on chérie le plus. Car l’enfant débarque toujours dans ce monde avec sa part d’amour dans son baluchon. « 
*
 » Les hommes.
Que savent-ils additionner ?
Les cœurs ? Les muscles ? Les femmes ? Les millions ? Les figures ?
Du caractère, des épaules, des hanches, de la colonne vertébrale, ils sont moins souples que nous. Était-ce la rudesse de la chasse du temps des cavernes ?

Ils nous apprécient douces au caractère et à la peau. Que je souffre d’une égratignure dans le polissage de mon derme ne m’importe que très guère. Un grain de peau légèrement rustique n’est-il pas la protection idéale du crocodile ou du rhinocéros ? « 

*
 » Je ne veux pas quitter cette vie comme happée d’un songe, par une main courroucée. Je ne veux pas que dans le tunnel de l’adieu mon âme croise le regard accablant des enfants souffrants, des bébés boycottés, des esclaves fouettés, des pauvres affamés, des victimes dépouillées de la terre de leurs aïeux. Qu’ils étalent à mon regard mon silence complaisant. Mon confort complice.
Qu’ai-je fait de ma vie ? « 

*

  • RÉSUMÉ 

UN RÉCIT ONIRIQUE
De la destruction de la nature, de l’amour, et de la poésie, qu’adviendra-t-il de notre monde ?

À mesure qu’elle découvre le tango argentin avec sa technique et ses codes, la narratrice se révèle à elle-même. Émue, dubitative, elle s’appuie sur ses propres sensations pour s’interroger sur des questions métaphysiques : l’origine, le temps, le vieillissement, la vie et la mort. Mais aussi sur notre société avec ses relations : femmes et hommes, pauvres et riches, faibles et puissants.
C’est une histoire d’amour, une expérience instructive sur le tango argentin, un parcours initiatique, un cri plus féminin que féministe, une caresse rugueuse, une poésie dérangeante. C’est une expérimentation qui mène vers la transformation personnelle, qui invite le lecteur à sortir de sa zone de confort pour se dépasser.

“Le poème est une expression de l’Amour du Tout.
La sacada est une invasion de l’espace de l’autre.
De l’agonie du poème, nait la sacada.”

Quel lien y a-t-il entre le tango argentin et la lutte des classes ou la déforestation ?
C’est ce tour de force que l’auteur réussit d’une main de maître.
Partant des fondamentaux d’une danse, il dresse comme un cri révolutionnaire, un véritable réquisitoire contre l’injustice, l’inégalité des sexes, l’esclavage, la colonisation, la destruction de l’environnement social, le saccage de la planète, et les promesses d’une modernisation hystérique qui mettra l’homme sous la domination de la machine.
Par ailleurs, au travers d’un survol historique et d’un descriptif de son fonctionnement social, cette danse est ici présentée dans sa plus haute noblesse, en même temps que le « milieu (masculin) du tango argentin » fait l’objet d’une observation critique et d’une description au vitriol.

Cet ouvrage trouverait sa place dans les rayons de politique, philosophie, sociologie, psychologie, poésie, techniques de danse, et d’amour.

les femmes viennent de l'abrazo, les hommes vont à la sacada
  • LIRE LE DÉBUT DE L’HISTOIRE

Prologue
Je suis un papillon.
La poudre colore mes ailes.
Sans cette poudre je peux voler.

Je suis une femme.
La poudre colore mes pommettes.
Sans cette poudre je peux vivre.

Je suis un papillon.
Mes ailes s’ouvrent comme les lèvres d’une femme,
pour faire danser les nuances et enchanter le monde.
Dans trois jours je ne serai plus,
mais mon arc-en-ciel foldingue
inondera encore le rêve des enfants.

Je suis une femme.
Mes lèvres s’ouvrent comme les ailes d’un papillon,
pour recevoir la caresse du vent qui me porte.
Je suis une beauté éphémère, dont le vol parait désordonné,
à celui qui n’a pas compris que je répands la couleur sur le Monde.

*

L’HISTOIRE EST FAITE D’INVASIONS

La sacada est une invasion de l’espace de la cavalière par le cavalier, ou l’inverse. Je n’aime pas les sacadas. Elles me stressent. Aussi, quand elles sont faites très haut, par le cavalier, le sommet de sa cuisse vient me heurter l’intérieur de l’aine. Cette irruption me dérange.

Je n’aime pas les sacadas.

Dans tous les cas, elles me stressent. Excepté celles de Kaïro. Elles ne sont pas particulièrement douces, ses invasions, mais si rapides. Quand je m’en aperçois nous sommes déjà dans le pas suivant. Et puis, il ne me bouscule pas.

Mais aujourd’hui tout s’est arrêté.
Je suis ventousée à sa cuisse.
Coincés dans le temps l’espace et la gêne.

Devant, tout proche, un couple.
Derrière, tout proche, un couple.
A gauche, tout proche, un couple.
A droite, tout proche, un couple.
En bas, tout proche, sa cuisse.
En haut, toute chose, mon pubis.

La position est infâme.
Mais elle me plait.

Le pas suivant n’a pas eu lieu.

Telle est notre histoire.
Son début.

L’HOMME EST UN ANIMAL DE MEUTE

« La pratique est la clé.
À condition de l’introduire dans la bonne serrure. »

Guidée par une force étrange,
je pousse une porte.
Une musique.

Un homme ou une femme va guider. C’est le cavalier.
Dans sa main gauche, la main droite de la cavalière.
Une femme ou un homme.
Son bras droit enlace le tronc de la cavalière par dessous l’aisselle. Sa main et le début de son avant-bras viennent se poser sur les omoplates, la partie la plus structurée du dos.

Le corps de l’humain est fait de 70% d’eau.

La posture n’est pas symétrique.
Le main-dans-la-main est côté centre du bal. Chaque tête est placée du côté gauche. Donc celle du cavalier regarde plutôt en direction du centre du bal. Ainsi il peut mieux appréhender l’espace et le déplacement des autres couple. La tête de la cavalière regarde plutôt l’extérieur du bal, là où sont alignés les chaises, autour de la piste de danse, étal de boucher.

Le corps de la cavalière est un fluide, un liquide.
Le corps du cavalier est un système d’écluses.

Le cavalier n’aura pas recours à la force pour guider la cavalière. Avec son corps, il devra procéder à un dispositif de sas consécutifs, afin que le liquide s’engouffre au gré des invites.

On doit danser avec un sourire sur les omoplates,
et un autre bien plus bas, sous les reins.
C’est ce que disent les enseignants.

Le cavalier est souvent un homme.
La cavalière est souvent une femme.

L’homme n’aura pas recours à la force,
ni à ses bras, pour guider la femme.
Il devra utiliser son corps.

Le corps de la femme est une perle.
Le corps de l’homme est un écrin.

L’homme n’aura pas recours à ses bras.

Ils danseront en souriant des omoplates.
Et du bas des reins.
Face à face.

Entre eux, l’Abrazo.
C’est une accolade, une étreinte.
En eux, la musique.
Et deux cœurs qui battent.
L’un contre l’autre.

Autour d’eux, les autres paires de danseurs.
Procession dans le sens inverse des aiguilles d’une horloge. Dans l’harmonie ou le chaos.

Ce n’est pas une danse à deux.
C’est un rite à plusieurs.
Un gang bang désérotisé et musicalisé.

Une meute d’hommes et de femmes.
Ils tournent en rond.
Ainsi toute leur vie.
Tel est le Tango.

Argentin.

TU NE PEUX SAUVER TOUT LE MONDE

« L’émotion est indescriptible.
Personne n’oublie sa première étreinte avec le tango.
Débuter dans le tango c’est comme commencer une nouvelle histoire d’amour. »

Je décide de rejoindre la Meute.
Pour cela il me faut intégrer les initiés.
La séance d’initiation est toute indiquée.

Immédiatement je suis avertie.

On n’entre jamais dans le Tango.
C’est le Tango qui s’empare de nous.
On ne va pas au Tango après le travail.
On passe au travail avant de se rendre au Tango.
On ne visite plus des pays, on visite des milongas.
Milonga” est le nom du bal spécifique au Tango Argentin.

Immédiatement je suis avertie.
Ici on n’apprend pas à danser avec la mémoire.
Ici on danse avec la technique et avec son corps.
Savoir quelle figure le cavalier va exécuter serait source de tension chez la cavalière. Le conflit naîtrait de la contradiction entre le fait de savoir et la nécessité de lâcher prise.

Le lâcher prise n’est pas un abandon du corps.
Il finirait à la casse si on l’abandonne.
Le corps.

La cavalière devra se comporter comme la passagère d’une automobile de luxe. Bien détendue, elle savourera la balade, sauf qu’elle ne s’adossera pas au siège par le dos mais par l’avant de son buste. Elle ne se préoccupera ni des directions ni de la route. Elle ne tressautera à aucun klaxon ni à aucun phare croisé. Tout au plus, elle informera son cavalier de la présence d’un chauffard situé derrière lui.

Chacun des deux ne devra ni s’offusquer ni se flageller pour un bug, car ils seront nombreux dans une Milonga, les bugs. Le bal génère beaucoup de conflits techniques,  à cause des embouteillages, des accélérations, des ralentis, des arrêts brusques, des changements de directions. Si chaque impromptu nous charge de cent grammes d’émotions, une soirée de danse nous aura posé deux tonnes sur les épaules.

Les “changements de direction” sont aussi une technique. Inventée par les impromptus du bal.
Autrefois on les appelait “altérations”.

Je n’aurai donc pas de chorégraphie à retenir.
On m’explique qu’une chorégraphie s’écrit avant d’être dansée. Que cela reviendrait à danser sur ce qui est déjà mort. Danser une chorégraphie serait comme accoucher une deuxième ou une troisième fois du même mort-né.

Je comprends qu’improviser revient donc à danser une naissance. À célébrer la vie. Car la vie n’est faite que d’improvisations autour d’une illusion appelée “agenda”.

Vivre une grossesse et un accouchement.
A chaque tango.

Il me faudra abandonner la raison, au profit de la sensation.
Celle d’une mère qui enfante.

Je la rejoins.
La meute des initiés.
On m’y fait une révélation étrange :
« il me faudra apprendre à marcher ».
Je découvre donc que depuis des décennies je crois savoir marcher. Vieillir est une source de découvertes.

Après quoi on me catapulte aux débutants.
A l’orée de la dernière maturité, celle qui précède la dégénérescence, j’ai la joie d’apprendre que je m’en vais refaire un séjour en couveuse. Je redécouvre les affres des premiers pas.
Et leur joie.

Curieusement ils se font à l’envers.
J’apprends à marcher en arrière alors que résonne dans ma mémoire la sentence des éclairés : « Dans la vie il faut avancer ». Ils ne nous avaient jamais dit qu’on pouvait avancer à reculons. Cela aurait été admettre que le monde marche à l’envers.

Soit !
Je recule.
Je recule et un homme me suit.
Ça c’est la Nature.

En général les hommes suivent les femmes dans la rue,
et les femmes suivent les hommes dans la vie.

Ma mère me disait :
 « Méfie-toi des hommes qui te suivent dans la rue ».
Aujourd’hui je rêve qu’un homme me suive dans la rue.
De toute façon, je ne suis pas dans la rue, je peux donc accepter qu’il me suive.

Devrais-je le suivre dans la vie ?

Le professeur nous demande de nous détendre.
Elle dit que « monter les coudes ou les épaules c’est comme vouloir porter la Terre avec nos bras ».

Alors que c’est la Terre qui nous a toujours portés au travers de nos appuis. Et de nos ignominies.

Le torse doit être projeté légèrement plus avant que le bassin, à l’aplomb du pied. Le tango est une danse sensuelle mais on n’y avance pas avec le sexe, on y avance avec le cœur.

Je dois dessiner une virgule avec mon ventre, diriger mon sacrum vers le sol, maintenir mon équilibre, ma stabilité, mon port de tête et de bras, ma ligne de bal, et la connexion avec mon cavalier.

Cavalier.
C’est ainsi que s’appelle le partenaire qui me guide.

Étrange appellation, je ne vois pas de cheval.
Je ne peux pas imaginer être sa pouliche puisque je suis moi-même une cavalière.

Cavalière : étrange appellation, je ne vois pas plus mon étalon (depuis longtemps déjà).

Cavalier, cavalière sont liés par l’“abrazo”.
Une étreinte auréolée de mystères et autant précédée d’histoires mythiques que le Saint Suaire. On dit qu’à Buenos Aires, on découvre l’« Abrazo ». L’Unique. Le Digne d’un musée. A Sèvres, une coupole en verre sous vide lui serait dédiée.

La connexion, c’est l’accordage de deux instruments
de musique, deux corps, la cavalière et le cavalier.
Peu importe leur sexe. Généralement le cavalier est
un homme, la cavalière est une femme.

Cavalier, l’homme met en valeur la femme.

Dans l’obscurité du bal, le soleil s’éclipse et se reflète dans la lune afin de lui donner tout son éclat.

L’inverse n’est pas utile, ce serait un pléonasme,
l’éclat de l’homme est bien trop connu.

Le professeur expose et invite à l’expérimentation.
La vie est dans la pratique, la pratique est dans l’action.
A force de vouloir détailler l’idée, on noie l’idée.

Poser le pied sur le rythme musical.
Le tempo du Tango s’appelle le “compas”. 
« La pose de nos pieds doit être souple et vécue.
Les orteils de la jambe libre sont détendus,
ceux du pied de terre sont actifs » dit le professeur.

Le guidage du cavalier doit venir du buste.

Sa poitrine est contre la mienne.
Il me fait bizarre d’offrir l’accès de ma poitrine à un inconnu. A cet endroit une feuille de papier ne passerait pas entre nous. Posture “milonguero” en est le nom vernaculaire. On devrait dire posture en “apilado”.

Apilado veut dire empilés.
En somme, c’est la posture des années.

S’empiler. Elles ne savent faire que ça, les années.

On a l’âge de nos vertèbres entassées.

Le temps nous chausse à ses pieds pour un pas de deux.
Ou de trop.

Tandis que les danseurs se penchent l’un sur l’autre, beaucoup de scientifiques se penchent sur la question de l’abrazo. L’espoir d’en extraire la substance addictive.
En possession du secret, un élu temporaire deviendrait empereur à vie. A l’empilement de ses vertèbres il ajouterait celui des années de pouvoir.

Entasser les pouvoirs.
Il ne sait faire que ça.
L’homme.

J’essaie de profiter de la balade, mais je n’ai pas hérité d’une voiture de luxe. En cherchant son “apilado” mon partenaire du moment s’effondre sur moi.

Le professeur le corrige.

Il me suffit de porter l’héritage de mes ancêtres,
inutile qu’il m’ajoute le sien.

L’attention (et non la tension) reste continue.

Les bassins sont maintenus à une distance convenable,
ils ne doivent pas plus se toucher que les cuisses.
Le tango est une danse sensuelle mais on n’y avance pas avec le sexe, on y avance avec le cœur.

On dit que le Tango, est une danse de sol mais moi j’entends toutes les notes (sauf le sol).
J’entends surtout des si et des la :
« si j’appuie ton do, tu vas la,
si je fa ça, tu fais si,
et si je fa si, tu poses la ».

Je suis dans le questionnement (c’est mon karma) :
le cavalier doit-il guider avec le buste
ou avec la bouche ?

Je ne lui réponds pas, je fais semblant de le satisfaire.
C’est une chose que les femmes savent faire.

Ma concentration va à l’écoute de mon corps.
C’est une chose que les femmes savent faire.

Le si ne renvoie qu’à des questions.
Alors que le sol renvoie ce qu’on lui donne.
Ainsi, le do(s) ne s’en trouve que plus heureux.

Je sais par expérience que des gens font.
Je sais par expérience que des gens font semblant.
Les laisser jouir de leurs faux-semblants et avancer.

Je ne peux les charrier.
A reculons.

Trop lourd à traîner.

Tel est l’âne.
Mort.

CHOISIS BIEN TA TRIBU

“Milonga” est le nom du bal de Tango Argentin. Cependant milonga c’est aussi une forme dans l’univers musical du Tango Argentin. Pour les distinguer dans mon esprit, j’utilise une Majuscule pour parler du bal, et une minuscule pour la musique et la danse qui accompagne cette musique. Ainsi je pense :  « je vais en Milonga écouter et danser des milongas ».
J’écoute et je danse aussi des tangos, et des vals.
Vals” c’est la valse argentine, que l’on appelle aussi “vals criollo” (valse créole).

[…]

(extrait de « Les femmes viennent de l’Abrazo et les hommes vont à la Sacada »)

  • TÉMOIGNAGES

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LES FEMMES VIENNENT DE LABRAZO & LES HOMMES VONT À LA SACADA
Collection « Danse & Tango » – Tome 1

– 350 pages – 

La version ebook est en cours.
Sortie prévue le 1er décembre

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